Orange Amère. Ann Patchett

orange amère.jpgDans les années 60 aux Etats-Unis, des familles se composent et explosent, rattrapées par leur quotidien. Bert et Teresa vivent avec leur 4 enfants en bas âge. Pourtant, la routine, la vie de famille fait fuir Bert, s’immergeant dans le travail et trouvant toujours une bonne excuse pour s’éclipser, même le dimanche.
Beverly, mariée avec Fix et mère de 2 filles, succombe au charme de Bert lors d’un dimanche ensoleillé et après quelques verres.
Les amants quittent leurs familles, se marient et fuient la Californie pour se réfugier en Virginie. L’été, ils le passent avec leurs 6 enfants. Enfin surtout Beverly. Car Bert s’immerge toujours dans son boulot, fuyant cette fratrie qu’il avait souhaité et qui aujourd’hui le dépasse.

C’est lors de ces étés où des parents dépassés et des enfants laissés à eux-mêmes tentent de cohabiter, que les liens se nouent, les incompréhensions se creusent et les drames se jouent. Comme tous les enfants de leur âge, Cal, Caroline, Franny, Holly, Jeannette et Albie composent avec cette famille recomposée qu’ils n’ont pas demandé. Confidences sous la couette pour les filles, recherche de figure masculine et apprentissage version caïd pour les garçons, chacun grandit, parfois un peu vite, avec les armes dont ils disposent. La liberté laissée par leurs parents leur permette de mener leurs propres expériences, à l’aide d’armes à feu et de cachets de Benadryl. Si d’apparence les plus forts s’en sortiront, comme Caroline, et d’autres plongeront comme Albie, tous restent marqués par ces étés. Et même si à l’époque leurs relations se rapprochent plus de la cohabitation que du lien fraternel, une solidarité, un lien filial, familial unit ses 6 enfants.

Devenus adultes, chacun s’est construit avec le drame qui les as touché. Ils se sont éloignés, révélés ou perdus. Installés aux 4 coins des Etats-Unis ou en Europe, loin de la Virginie, ils ont tenté d’oublier. Mais comment mettre de la distance lorsqu’un tel drame secoue une famille ? Qu’il tisse des liens autant qu’il les dénoue ? Que les parents vieillissent ?
Lors d’une soirée, Franny rencontre son auteur culte, deux fois plus âgé qu’elle mais avec qui elle entame une relation amoureuse. Cette relation la pousse aux confidences familiales, confidences dont il s’empare pour revenir sur le devant de la scène littéraire, avec succès mais pas sans conséquences pour la tribu.

Pour une première rencontre avec Ann Patchett, je ne peux que saluer son talent de conteuse. On plonge dès les premières pages dans la chaleur californienne, les robes des années 60, les relations hommes-femmes et la place des femmes à l’époque. Bien que le livre explore les relations fraternelles, le secret, le poids de la culpabilité et le passage de l’enfance à l’âge adulte, j’y ait aussi vu un recueil de portraits de femmes, fortes et fragiles à la fois. Parfois coincées et perdues dans le rôle que la société leur impose, parfois obligées de se battre, de faire des choix difficiles, pour survivre financièrement mais aussi psychologiquement. La solitude et la solidarité, thématiques pourtant contradictoires, se dégagent de ces pages résolument optimistes. Il n’y a pas de jugement chez Ann Patchett, juste la description d’une époque, d’une famille comme il pourrait y en avoir beaucoup, loin d’être parfaite, avec ses forces et ses faiblesses, mais menée par un collectif plus que jamais soudé. Un beau moment de lecture hors du temps.

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