De père légalement inconnu. Françoise Cloarec

« « Elle veut un nom, une photo, une tombe peut-être. »

La guerre d’Indochine approche de son terme scellé par la bataille de Diên Biên Phu. Dans le port de Saigon des enfants embarquent sur un paquebot, laissant derrière eux une mère au-delà des larmes, une terre à feu et à sang, une civilisation bafouée, un passé bercé par l’amour maternel et obscurci de secrets. L’un d’eux est une fillette ayant pour prénom Camille. » (Editions Phebus, 2014, 137 pages)de père légalemment inconnu

Je poursuis l’exploration des merveilles 2014 du Prix des lecteurs Nantais! Quelle année mes amis! Je crois que c’est la meilleure édition. Il n’y a aucun livre pour l’instant que je n’ai apprécié. Et c’est encore le cas avec De père légalement inconnu de Françoise Cloarec.
Comme souvent dans ce prix, je ne connaissais pas l’auteur. De prime abord, le sujet ne m’intéressait guère, je venais de terminer une autre histoire d’adoption, la thématique devenait un peu trop redondante. Mais celle-ci se distingue. Par sa « longueur », un peu moins de 140 pages, par les chapitres courts et thématiques qui comportent tous un extrait d’un livre et qui illustre le chapitre commençant. C’est un livre richement documenté et bien amené, comme je les aime. Mais revenons sur l’histoire.

A 60 ans, Camille décide de tenter une dernière fois de donner un nom à son père. Elle est née d’une mère vietnamienne, Thi Vien, et d’un père français qui ne l’a jamais reconnu. Sa mère a toujours refusé de lui en parlé et elle n’a pas insisté. Au fil du temps, elle s’est construite sa propre image, l’a idéalisé. Sa seule conviction est que cet homme était un gradé de l’armée française. Poussée par sa famille Camille se rend au service historique de la défense où elle rencontre l’adjudant-chef Bastillac. Ce militaire passionné d’histoire a l’habitude de ces requêtes. Camille n’est pas la seule à chercher un père. Il commence donc à mener l’enquête, à récolter des indices qu’il croisera pour ne garder que les plus pertinents, éliminer des pères potentiels. Jusqu’à son dernier souffle, Thi Vien a gardé le secret, incapable de parler de sa vie vietnamienne. Il ne reste qu’un témoin Van Han, l’oncle de Camille qui a connu ce père mais dont les souvenirs sont brouillés. L’enquête va-t-elle aboutir ? Je vous laisse le découvrir. L’auteur a fait le choix de nous donner la réponse rapidement pour se concentrer sur l’enfance de Camille et le contexte historique. Nous suivons donc ces premières années. Retour sur l’Histoire…

Nous sommes en 1947. La France à peine sortie de la seconde guerre mondiale envoie ses troupes au Vietnam alors colonie française pour calmer une rébellion naissante. Si les français tiennent les villes, les forêts, jungle et village sont détenus par les Viet-minh qui mènent une véritable guérilla. Les français naviguent à vue et sont épuisés par les combats, la chaleur, l’hostilité grandissante des indochinois. Ils trouvent du réconfort dans les bras des vietnamiennes pour une nuit, parfois plus. Envoyés pour au moins 2 ans, certains auront une deuxième famille, des enfants métis qu’ils ne reconnaîtront pas officiellement par peur du déshonneur et des reproches une fois de retour en France.

De père légalement inconnu c’est l’histoire de tous ces protaganistes, un mélange de plusieurs points de vue. Les femmes vietnamiennes parfois amoureuses et mères qui doivent se débrouiller et représentées par Thi Vien. L’histoire de ces pères qui font le choix de ne pas reconnaître leurs enfants et ceux comme Christophe qui feront leur vie là-bas. Par Camille, on apprend l’histoire et le destin de ces enfants métis que la France souhaite voir devenir de bon petit ambassadeur pour restaurer le prestige de l’époque coloniale. La difficulté pour eux de se construire, de se forger une identité. Tous feront des sacrifices pour le bien des uns et des autres. Malgré les apparences, ces choix ne seront pas sans conséquences.

J’aime ces romans qui à partir d’une histoire nous raconte la grande. C’est exactement ce que fait Françoise Cloarec dans ce livre. Elle nous raconte une partie, certes infime, du colonialisme, de la guerre du Vietnam et des destins de ces mères, enfants et militaires. Une autre époque où les choix et la vision du monde a de quoi révolter aujourd’hui. Le livre est bien construit, et l’écriture fluide. Un vrai plaisir de lecture.

PLN

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