Et je prendrais tout ce qu’il y a à prendre. Céline Lapertot

« Quand la souffrance dépasse l’entendement, ne reste qu’une solution : tuer pour exister. Charlotte a tenu le choc. Elle a gardé le silence, jusqu’au jour…
Voici l’histoire d’une inhumanité honteuse, intime, impossible à dire. Dans une lettre adressée au juge devant lequel elle répondra de ses actes, Charlotte, Antigone moderne et fragile, pousse le cri qui la libérera… peut-être. » (Viviane Hammy, 2014, 185 pages) et je prendrais tout ce qu'il y a a prendreDifficile de parler de ce livre tellement il sort de l’ordinaire. Violent n’est pas le bon terme, c’est plutôt un livre brutal, froid, distant.

Charlotte à 17 ans. Elle vient de tuer son père. Cette adolescente qui économise ses mots par choix décide d’écrire une lettre au juge qui doit la recevoir et décider de son sort. Dans les pages de son cahier rouge, elle décrit successivement et succinctement les dix dernières années de sa vie et les raisons qui ont motivé son acte.

Fille unique, de père cadre supérieur et de mère au foyer, elle avait tout pour être heureuse. D’ailleurs une chambre pleine de jouets l’attend dans sa nouvelle maison. Mais elle n’en verra que la couleur. La pièce qu’on lui attribue se situe plus loin, dans un endroit sombre, froid et humide : la cave. Elle y passera 10 ans, enchainée à son lit, privée de toute activité, de vie. Dans cet espace, elle construit et rumine sa haine, cherche à comprendre les motivations de son père, l’absence de réaction de sa mère. C’est ici qu’elle se découvrira une passion pour les mots et la grammaire. Mais le peu de joie qu’elle parvient à emmagasiner est vite découvert et balayé par son père.
L’entourage n’est pas à blâmer. Les gens n’ont rien vu ou n’ont rien voulu voir. Ceux qui ont eu des doutes se sont heurtés au silence de Charlotte. Silence qu’elle a bien du mal à expliquer.

Et c’est à cela, au silence que Céline Lapertot, jeune auteur de 27 ans, s’intéresse. Au silence des victimes qui ne saisissent pas les mains tendues et qui se vengent elles-mêmes. Le style est sobre. Pas de fioritures, les mots et le vocabulaire sont choisis avec soin. On reconnait au fil des pages l’empreinte du professeur de français.

On ressort de cette lecture en état de choc. On se sent impuissante. Drôle de livre que ce premier roman. Un auteur à suivre, sans aucun doute.

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