L’invention de nos vies. Karine Tuil

« Sam Tahar semble tout avoir : la puissance et la gloire au barreau de New York, la fortune et la célébrité médiatique, un « beau mariage »… Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son meilleur ami Samuel, écrivain raté qui sombre lentement dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la sublime Nina était restée par pitié aux côtés du plus faible. Mais si c’était à refaire ?
À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c’est la déflagration…
« Avec le mensonge on peut aller très loin, mais on ne peut jamais en revenir » dit un proverbe qu’illustre ce roman d’une puissance et d’une habileté hors du commun, où la petite histoire d’un triangle amoureux percute avec violence la grande Histoire de notre début de siècle. » (Grasset, 2013, 490 pages)

linvention_de_nos_viesSamir Tahar est le fils d’un immigré tunisien musulman. Depuis toujours, il se bat pour sortir de la misère et se faire une place, un nom dans la société. Malgré de brillantes études d’avocat, il peine à trouver du travail et se persuade que son origine arabe en est la cause. Samir devient Sam et est recruté par l’un des cabinets les plus réputés de Paris. Après quelques années, Pierre Lévy son patron, l’envoie aux Etats-Unis y monter une succursale. Là-bas, il s’évertue à défendre les plus faibles et se fait une réputation. Celle-ci lui ouvre les portes de la société américaine mais il en veut plus. Il épouse Ruth Berg, la fille de Rham Berg, un richissime et très influent homme d’affaire, avec qui il a deux enfants. Une vie parfaite, celle dont il a toujours rêvé et pour laquelle il s’est battu. Sam, Samuel, tous le pense juif. Mais sa vie est bâtie sur un mensonge que seul deux personnes connaissent, Samuel et Nina, ses amis d’enfance. Le couple vit en banlieue parisienne. Nina est mannequin pour Carrefour. Samuel est éducateur et écrivain raté. Le jour où la belle Nina, qu’il a passionnément aimé, reprend contact, Samir saute sur cette occasion de la reconquérir. A quarante ans, fort de son charisme, son influence, sa richesse, Sam ne doute de rien. Pourtant, il a tout à perdre si son secret est révélé.

L’invention de nos vies fait partie des romans qui restent longtemps en tête. Karine Tuil mêle habilement l’imposture, la discrimination, l’ambition, les inégalités mais aussi le racisme social. Elle met remarquablement en évidence le monde fragmenté dans lequel nous vivons, ces cases dans lesquelles nous sommes coincées : religion, statut social, éducation, lieu de vie…et qui poussent à l’indifférence, à l’intolérance voire à la haine. Chaque personnage subit l’imposture,  la séduction, les manipulations d’un autre. Pourtant ils séduisent, même dans leurs faiblesses. Samir se sent intouchable, joue avec le feu comme s’il avait besoin de cette adrénaline pour vivre pleinement. La femme à plusieurs visages: femme mère, femme puissante, femme soumise. Face à la vérité, au scandale, les réactions différent et les poussent à l’indépendance.

Cela fait maintenant une semaine que j’ai terminé ma lecture et je peine à en sortir. L’écriture de Karine Tuil est fluide et rythmée. Certaines phrases sont ponctuées de « / » auxquels je n’ai pas été sensible (une virgule aurait très bien pu faire l’affaire à mon avis) mais qui ne m’ont pas gêné. Un roman captivant qui vous laisse songeur.

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