Kinderzimmer. Valentine Goby

 » En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille femmes. Sur ce lieu de destruction se trouve comme une anomalie, une impossibilité : la Kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres. Dans cet effroyable présent une jeune femme survit, elle donne la vie, la perpétue malgré tout. » (Actes Sud, 2013, 224 pages)

kinderzimmer

Plusieurs semaines et plusieurs livres sont passés depuis que j’ai terminé la lecture de Kinderzimmer. Pourtant, j’éprouve toujours autant de mal à vous en parler. C’est dire l’effet qu’a produit le livre de Valentine Goby sur moi ! J’aurais beaucoup à vous dire et pourtant la chronique sera succincte car je n’arrive pas à traduire mes idées, mon ressenti et il y a beaucoup de choses qui ne se décrivent pas mais qui se lisent/vivent en lisant. Car vous l’aurez compris, vous ne pouvez pas passer à côté d’un tel roman.

Suzanne Langlois fait partie des survivantes. De celles qui sont sorties vivantes des camps. Témoin et passeur de mémoire, elle intervient dans les collèges, les lycées pour raconter son histoire. C’est là qu’elle passe la main à Mila, prénom qu’elle s’est choisie pour vivre cette épreuve. Une manière de différencier, sa vie avant les camps et celle qu’elle s’apprête à vivre..

La force de l’ouvrage de Valentine Goby réside dans le point de vue qu’elle adopte : celle d’une jeune femme innocente, forte mais aussi naïve. Elle décortique l’arrivée, les conditions de vie, cette nouvelle langue polyglotte que Mila va vite devoir apprendre. Sans pitié ni misérabilisme, Valentine Goby enchaîne les faits n’ayant nul besoin de décrire de manière précise les scènes violentes, l’horreur puisque l’important réside dans l’espoir et la manière de lutter. Si la ponctuation m’a un peu gênée au départ, je m’y suis rapidement habituée. L’utilisation de mot allemand, français, polonais, etc. renforcent l’ambiance. Nous assistons à une lutte interne : l’acceptation du corps qui se transforme, vivre au présent : survivre, donner naissance, transmettre, témoigner. C’est une douleur psychologique qui imprègne le lecteur, l’horrifie, le pousse parfois au bord de la nausée. On est comme un témoin muet, démuni face à ce qui se déroule sous nos yeux. SURVIVRE est le seul mot d’ordre. Tous les moyens sont bons : le vol, la collaboration, l’entraide et la solidarité. Au fil de la lecture, on ne peut qu’admirer ces femmes, détenues, amies et leur volonté de considérer le camp comme un lieu de vie quasi-ordinaire.

Le lecteur est le journal intime qui recueille les mots et les pensées de Mila. On a peur avec elle, on se raccroche au moindre élément. Je connais cette période et j’ai lu quelques livres de « littérature concentrationnaire » mais je n’avais jamais entendue parler de ces maternités. L’auteur a eu le courage de s’immerger dans cet aspect méconnu de la guerre, dans ce paradoxe : donner la vie dans un lieu de mort ! Pour mener à bout son projet, Valentine Goby a rencontré deux enfants nés dans ce camp, une mère et la puéricultrice. Elle n’est ni historienne, ni expert et son approche rend son histoire d’autant plus accessible et puissante.

J’ai lu quelques critiques élogieuses sur ses autres romans. Je pense que je continuerais à la découvrir. Et vous, avez-vous lu ce livre, cet auteur ? Qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous déjà ressenti ce genre d’émotion lors d’une lecture ?

Maintenant que vous êtes parvenus au bout de ce billet, finalement pas si succinct, foncez chez votre libraire préféré !

challenge 1 rentrée littéraire2013

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10 commentaires

  1. J’ai beaucoup aimé ce que j’ai déjà lu de Valentine Goby (La note sensible, son premier roman, Banquises, Des corps en silence (enfin je crois, je ne me souviens plus de ce titre !! du livre, oui) Mais j’avoue, je ne suis pas prête à lire celui-ci, il me fait peur…

  2. […] Kinderzimmer. Valentine Goby Suzanne Langlois est une rescapée du camp de Ravensbrück. Aujourd’hui elle témoigne en intervenant dans les collèges et lycées qui l’accueillent. Dans ce livre, nous sommes spectateurs de l’horreur, de l’indicible, de la solidarité, de l’incroyable. Sans pitié ni misérabilisme, Mila nous énonce les faits dont nous devons nous souvenir. Un roman fort qui ma conquise mais que je ne parviens pas à chroniquer, malgré un brouillon en attente depuis plusieurs jours. […]

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