L’homme qui savait la langue des serpents. A. Kivirähk

Voici l’histoire du dernier des hommes qui parlaient la langue des serpents, de sa soeur qui tomba amoureuse d’un ours, de sa mère qui rôtissait compulsivement des élans, de son grand-père qui guerroyait sans jambes, de son oncle qu’il aimait tant, d’une jeune fille qui croyait en l’amour, d’un sage qui ne l’était pas tant que ça, d’une paysanne qui rêvait d’un loup-garou, d’un vieil homme qui pourchassait les vents, d’une salamandre qui volait dans les airs, d’anthropopithèques qui élevaient des poux géants, d’un poisson titanesque las de ce monde et de chevaliers teutons un peu horrifiés par tout ce qui précède. ( Editions Attila, hiver 2012-2013. 421 pages)

C’est l’histoire d’un garçon, Leemet, qui est à son goût bien trop souvent le dernier pour tout : dernier homme vivant dans la forêt, dernier à connaître la langue des serpents, dernier à se marier dans la forêt etc. Au fur et à mesure de l’histoire, il voit sa vie et celle de son village changer avec l’arrivée des « hommes de fer ». Leemet vivra toute sa vie cette période de transition, avec d’un côté les anciens, fervent défenseur des coutumes ancestrales et rêvant de l’ancien temps, et de l’autre les plus jeunes attirés par le nouveau village, ses innovations, sa vie divertissante et intrigante. Petit à petit, la forêt se vide et Leemet lutte contre la solitude. Lui qui rêve d’une vie ordinaire n’aura pas cette chance. Incapable de s’y adapter, il ne parviendra pas non plus à vivre dans ce monde aux traditions disparues.

Andrus Kivirähk, nous livre ici plus qu’une œuvre fantastique. C’est une réflexion sur le temps qui passe, la mémoire et l’identité. Soit comment chacun parvient à sa manière à accepter le changement et la tristesse/nostalgie qui peut en découler, sans tomber dans le conformisme et la bêtise. Le traducteur Jean-Pierre Minaudier revient dans une postface très instructive, sur l’histoire de l’Estonie et la(les) cultures qui la compose. Il pose un regard très critique sur la société estonienne et mondiale et amène le lecteur à engager sa propre réflexion sur le monde dans lequel il vit et qui l’entoure, sans faire l’éloge de l’une ou l’autre des civilisations.

Je sors de cette lecture mi-figue, mi-raisin. Je suis impressionnée par l’imagination de l’auteur qui parvient à construire deux mondes imaginaires diamétralement opposés. Le monde de la forêt flirte avec la magie. On y croise des salamandres, des anthropopithèques, des ours et des serpents qui parlent, une salamandre, un Sage du bois sacré… Le village devient fascinant par ses innovations et par le gouffre qui sépare ces deux mondes : les faux, le pain, les vêtements, les hommes de fer, les moines, le pape… Mes passages préférés sont la rencontre avec le Sage des vents et son explication sur comment attraper un vent, ainsi que celle avec Atheneumion, le poisson géant. Certaines scènes sont drôles et d’autres font référence à des classiques de la mythologie ou des contes. Cependant, pendant toute ma lecture, je me suis demandée où l’auteur voulait en venir. Pour moi c’est un livre triste et pessimiste. On s’aperçoit rapidement que l’histoire est une impasse. Mais on attend de voir en quoi les actions de Leemet vont influencer son destin.
Pas de coup de coeur pour moi, contrairement à d’autres critiques que j’ai pu lire sur la blogo.

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2 commentaires

  1. Sans aucun doute un de mes livres indispensable de 2013, un must, un chef-d’oeuvre. Peu de livres m’ont fait rêver autant que celui-là, le dernier en date étant « Le Festin de John Saturnal ». Un fable sublime !

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